A l'écoute des œuvres littéraires

 

Dieu en personne

 

 

 

M.-A. Mathieu présente une bande dessinée surprenante. Le personnage central est Dieu dessiné sous les traits d’un barbu à l’esprit vif et aux réponses qui déstabilisent ceux et celles qui cherchent à le sonder. C’est un homme qui paraît tout à fait normal, que rien apparemment  ne distingue de ses contemporains. Il passe un examen devant des spécialistes qui vont être bluffés par ses connaissances scientifiques. Mais, vu l’état du monde, il est mis en procès par ceux qui l’accusent d’être directement la cause de leur malheur, ceux qui l’attaquent pour sa création de l’homme, ceux qui lui reprochent de ne pas savoir gérer le mal, ceux qui le taxent d’immobilisme, ceux qui auraient préféré que Dieu continue à exister mais loin de notre monde… Au procès, une question préalable est posée, question qui embarrasse les juges et le jury : Dieu existe-t-il ? Sous une forme humoristique qui ne manque pas de finesse, les arguments pour et contre l’existence de Dieu sont avancés. Quelque soit la réponse, la société médiatique en tirera profit.

     Si le lecteur n’est pas déconcerté par ce genre littéraire, cette bande dessinée réussit  à le confronter aux questions que le monde contemporain se pose sur l’existence de Dieu. Elle ne peut qu’interroger ceux et celles qui, prenant au sérieux ce qui taraude l’homme du 21ème siècle, croient que Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ, donc solidaire de notre histoire.

 

                                                                                                                                      Août 2010

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     Jean-Christophe Rufin, qui a dirigé plusieurs ONG, est membre de l’académie française et ambassadeur de France au Sénégal. Il est reconnu pour savoir aborder dans ses essais et romans des questions de société qui font débat.

‘Katiba’, son dernier roman (paru en 2010) aborde la question de la double identité, question qui taraude bien de nos contemporains. Ce roman met en scène une française élégante qui travaille au Quai d’Orsay. En France, jeune, elle a habité chez une tante de tradition bourgeoise. Elle était soumise et conforme. Elle a perdu son mari très tôt alors qu’il était consul de France en Mauritanie. Extérieurement, l’identité de cette femme ne semble poser aucune question. Mais, elle a un secret : la nuit, elle entend le muezzin de son enfance, elle  revoit en rêve le soleil, elle respire le parfum des olives… 

Un guet-apens meurtrier au Sahara  revendiqué par une cellule al-Qaida maghrébine bouleverse sa vision de l’humanité. En elle, maintenant, crie sa double identité. Elle prend conscience douloureusement qu’elle a deux manières de penser, qu’elle est tiraillée entre deux façons de se situer par rapport aux autres.

Ce roman permet de mieux comprendre ce qui bouillonne intérieurement en beaucoup de nos concitoyens. Leur mémoire est façonnée par de nombreuses émotions qui sommeillent en eux et ne sont pas imprimées sur leur carte d’identité. Ces émotions gravées en eux se réveillent quand certains événements, qu’ils soient familiaux, religieux, politiques, économiques, culturels, sportifs… surviennent et les déséquilibrent.

Nous vivons une époque où l’émotion a pris le dessus sur la raison. Faut-il le regretter ? N’assistons-nous pas à une modification de l’histoire humaine comme se souligne Roger-Pol Droit ? « On oublie fréquemment ce qui compte le plus. Dans l'histoire de l'humanité, on retient les inventions techniques. Ou les conquêtes scientifiques. Ou encore les mutations politiques et, plus rarement les créations artistiques… Il manque à cette description du devenir humain une dimension fondamentale. Il s'agit de l'invention des sentiments. Une modification de l'histoire humaine a lieu, en effet, chaque fois qu'il devient possible d'éprouver un type d'émotions auparavant ignoré, un désir ou une inquiétude jusqu'alors impossibles. »

L’auteur n’a pas écrit un livre de sociologie mais, par son roman, il emmène le lecteur au cœur d’un drame humain en le débarrassant des clichés qui rassurent et en remettant en cause la vision qu’il se fait de l’autre.

 

Juin 2010