L'Église de notre temps à l'écoute des artistes en Arts plastiques
‘Vanité. Mort, que me veux-tu ?’ est le thème de la dernière exposition de la Fondation P. Bergé – Y.Saint Laurent à Paris. L’huile sur bois, peint par Philippe de Champagne au 17ème siècle accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition. L’artiste a peint un crâne entouré d’une sablière et d’une belle fleur. Cette œuvre donne le ton de l’exposition. Comme on peut le lire sur le programme : « Il ne s’agit pas ici d’exposer une pensée pure de la mort mais de montrer le passage de l’humain au divin, du corps à l’esprit. La vie est vue comme un moment de la chaîne temporelle : on doit mourir pour ressusciter, vivre et pêcher pour être racheté.»,
Le visiteur peut admirer, entre autres, trois grandes photos de Serrano prises dans la morgue de New York qui recueille les corps des inconnus, des anonymes. Le photographe a été impressionné par le personnel qui arrangeait ces corps avec une telle délicatesse qu’elle a fait surgir en lui une réflexion qui va bouleverser sa vie. Le personnel traitant avec autant de dignité ces corps a été pour cet artiste le signe que la mort ne met pas un point final à la vie de ces exclus de la société.
Il a fallu une certaine audace pour créer cette exposition car elle va à l’encontre d’un rêve que certaines entreprises comme Google ou la NASA cherchent à réaliser, n’hésitant pas à engager des millions de dollars pour qu’il prenne corps. Dans la Silicon Valley, des chercheurs et entrepreneurs se lancent dans la construction d’un monde où l’homme aura transcendé son existence grâce à la technologie, pensant que notre futur sera rempli de machines intelligentes et d’hommes immortels.
A Paris, cette exposition dévoile combien la vie des hommes est marquée par la vanité. La mort est présentée par des artistes comme le dépouillement de tout ce qui est vanité dans la vie d’un homme, dépouillement qui amène l’homme à se poser la question : « Mort, que me veux-tu ? »
Août 2010
Exposition : Lucian Freud peint le corps humain marqué par le temps
Peindre le corps sans concession : c’est ce que nous offre l’exposition au centre Pompidou qui présente une cinquantaine de chefs-d’œuvre du grand peintre britannique Lucian Freud, petit-fils de Sigmund Freud. Né à Berlin en 1922, il a vécu en Angleterre près de son ami Francis Bacon. Avec six autres artistes, ils fondent l’école de Londres qui pratiquent la peinture figurative, notamment l’homme dans sa condition humaine. Leur démarche allait à l’encontre du surréalisme, très en vogue à cette époque. G. Browstone présente Bacon en ces termes dans ‘L’Eglise et l’art d’avant-garde’ (Albin Michel 2002) : Sur sa première toile « il fixe des personnages écorchés qui hurlent une angoisse existentielle…Son œuvre traite violemment du sacré et du cri humain…. Elle nous renvoie sans cesse à l’animalité qui sommeille en nous. Francis Bacon n’a jamais cessé de penser que ‘le meilleur de l’art renvoie toujours à la vulnérabilité de la condition humaine… Son œuvre a une portée universelle. Elle frappe au cœur même de l’hypocrisie générale de toute nation et de toute société.’ Nous pouvons découvrir ses œuvres sur Internet.
Comme son ami, Lucian Freud, un des plus grands peintres du 20ème siècle, traduit la vie en art. Cela ne veut pas dire y mettre un supplément de beauté mais de révéler que la beauté de l’homme se cache au plus profond de lui-même et peut illuminer son corps marqué par l’angoisse, l’absurdité, l’aliénation, la liberté, la révolte, la solitude, la vulnérabilité, la mort. Freud expose l’homme sans fard, vieillissant, marqué par la vie et ses tourments. « Je peints les gens. » dira-t-il. Une admiratrice s’exclamera devant une de ses peintures: « C’est la vie ! C’est comme cela ! »
L. Freud peint souvent la personne dévêtue. Il laisse exprimer ses sentiments faits de respect et d’affection. La chair qu’il a devant lui n’est pas belle. Les nus qu’il peint ne sont pas pornographiques. Il rend visibles ses sensations devant les corps nus en cherchant la lumière dans un corps usé, abîmé par le temps. Freud a le génie nous faire aimer la vraie beauté, celle qui illumine le drame humain.
Paris - Centre Pompidou - 10 mars 2010 - 19 juillet 2010 - Galerie 2
Deadline… exposition au musée d’Art Moderne de la ville de Paris
‘Les artistes changent de relation au monde,
à eux-mêmes et à leur œuvre
dès le moment où l’irrévocabilité de la fin se profile à un horizon proche.’
O. Burluraux, commissaire de l’exposition.
L’exposition Deadline présentée au musée d’Art Moderne de la ville de Paris (fin 2009 - début 2010) proposait une sélection d’œuvres d’artistes disparus il y a peu. Ils étaient conscients de l’approche de la fin. Ils ont eu le courage de jeter un regard lucide sur eux et le monde. Leur audace a bouleversé leur création, atteignant parfois une plénitude qui les a surpris eux-mêmes, comme si la vérité de leur existence s’exprimait dans leur œuvre.
Il est étonnant de voir combien ils ont été stimulés par cette approche. Cette proximité a été d’une fécondité extraordinaire. Il ne s’agit donc pas d’une exposition du morbide mais un hymne à la vie. Ils ont célébré la vie sans biaiser avec la mort.
L’urgence pour eux était de garder une liberté d’expression étonnante, essentielle pour eux, en se souciant moins de la rigueur dans la forme. Je pense à Hartung, considéré comme une figure majeure de l’abstraction qui a eu un AVC à 82 ans. En quelques mois, à l’aide d’assistants, il a peint quelques 1000 tableaux comme si la perspective de la mort avait décuplé sa capacité créatrice.
Atteinte d’une tuberculose aiguë, Hannah Villiger est soignée dans un isolement total. Elle observe son corps qui se dégrade. Elle se photographie à l’aide d’un polaroïd pour se montrer à elle et aux autres qu’elle est bien vivante : « Je me regarde en train d’être détruite par la maladie. »
Absalon, diagnostiqué séropositif, ‘construit’ des cellule sous forme de maison pour y installer son corps. Il ne voulait pas déposer son corps dans un tombeau mais dans un lieu de vie.
L’œuvre exposée de James Lee Byars est une chambre dont les murs sont recouverts de feuilles d’or et un corps repose sur le piédestal installé au cœur de cette chambre. Le visiteur est comme attiré à l’intérieur de cette chambre. Cette impression résume bien ce que l’on ressent à la fin de l’exposition. Il ne s’agissait pas pour ces artistes de faire leur testament par une création artistique mais d’exprimer leur vision de la vie, une lumière attirante, alors qu’ils ont conscience qu’ils n’ont plus guère de temps à vivre.
Grâce au génie de ces artistes, cette exposition exprime une des grandes préoccupations sourdes de notre époque, non pas la révolte devant la mort collective comme celle dû à un génocide ou une catastrophe naturelle mais la préoccupation angoissante de l’approche de sa propre mort. Ils ne parlent pas d’une façon claire de l’au-delà mais ils ont conscience non seulement de l’urgence de laisser des traces mais ils ouvrent une perspective qu’ils ne nomment jamais.
Notre société qui n’attend pas grand-chose des malades, handicapés, de ceux qui voient la fin de leur existence approcher a beaucoup à recevoir de cette exposition. Elle met en relief qu’à tout moment de la vie, l’homme peut créer et dire un mot qui donne sens à la vie.
Jacques Faujour
Paris - Musée d’Art moderne - 16 octobre 2009 – 10 janvier 2010
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